Baba Merzoug

Baba Merzoug, le grand canon d'Alger

Sept mètres de bronze, douze tonnes, fondus pour la défense de cette ville, et dressés aujourd'hui dans un port militaire français, surmontés d'un coq.

De tout ce qu'a produit l'Alger ottomane, l'objet que le plus grand nombre saurait nommer est un canon. Il a défendu la baie pendant environ trois siècles, il a servi une fois à une atrocité qui lui a valu un second nom, et il a quitté le pays en 1830. Il n'est pas revenu.

Le canon

Baba Merzoug fut fondu en bronze à Alger au XVIe siècle, à l'époque ottomane, sous Hassan Agha et par un fondeur vénitien. Il mesure environ sept mètres de long et pèse douze tonnes, et une portée de 4,8 kilomètres lui est attribuée. Il fut mis en batterie pour couvrir l'accès à la baie et, tout au long du XVIIe siècle, il remplit l'office d'un canon de cette taille, qui est surtout de faire parler de lui.

Ces caractéristiques proviennent d'un seul récit, et cette page les donne comme telles. L'année exacte de la fonte et le nom du fondeur varient d'une version à l'autre, et aucun document institutionnel n'a été trouvé qui tranche l'une ou l'autre question.

29 juillet 1683

En 1683, une escadre française commandée par l'amiral Duquesne bombardait Alger. Pendant ce bombardement, le consul de France Jean Le Vacher fut accusé de faire des signaux à la flotte. Le 29 juillet, il fut attaché à la bouche de Baba Merzoug et tué par le coup, avec une vingtaine d'autres prisonniers chrétiens.

Les deux moitiés de cette phrase ont leur place sur cette page. Une ville était bombardée, et une ville exécuta un diplomate et vingt autres captifs d'une manière conçue pour être vue depuis la mer. Aucun de ces deux faits n'annule l'autre, et un site de patrimoine qui n'en rapporterait qu'un seul ne mériterait pas d'être lu.

C'est de cet épisode que vient le nom français du canon. Il fut rebaptisé La Consulaire, du nom des consuls, et c'est sous ce nom qu'il se dresse aujourd'hui en France.

1830, et où il se trouve aujourd'hui

Après la conquête française d'Alger, l'amiral Duperré fit récupérer le canon et l'expédier à Brest.

Ce que l'on en fit là-bas est ce qui fait de cette histoire un débat plutôt qu'une ligne d'inventaire. On ne le plaça pas sous la vitrine d'un musée. On le dressa à la verticale sur un socle de granit, en colonne, revêtu d'une patine verte et surmonté d'un coq posé sur un globe. Une arme prise à une ville vaincue fut transformée, sur le sol français, en monument aux personnes que cette ville avait tuées avec elle.

On peut discuter de savoir s'il s'agit là d'une commémoration ou d'une prise de trophée. Ce qui ne se discute guère, c'est que c'est une déclaration, et qu'elle continue d'être faite.

La question de la restitution

L'Algérie a officiellement demandé le retour du canon en juillet 2013. En janvier 2021, l'historien Benjamin Stora, dans son rapport au président Macron sur les mémoires française et algérienne, a recommandé la création d'une commission franco-algérienne chargée d'examiner son avenir.

À la dernière vérification faite pour cette page, il est toujours à Brest. La restitution des objets culturels entre la France et l'Algérie est un débat vivant et inachevé, et cette page sera mise à jour lorsqu'il y aura quelque chose à mettre à jour, et non lorsqu'il y aura matière à spéculer.

Ce que cette page n'affirme pas

La date de la fonte, l'identité du fondeur et les dimensions exactes du canon reposent sur un seul article de presse, et sont présentés ici avec cette réserve plutôt que comme des faits établis. L'affirmation selon laquelle ce fut le premier emploi de ce mode d'exécution à Alger n'a pas été vérifiée et n'est pas reprise ici.

Si vous disposez d'un document d'archives ou de musée sur ce canon, en France ou en Algérie, écrivez à admin@casbah-alger.com.

En bref

L'objet, et le débat

Chaque chiffre ci-dessous provient des sources citées au bas de cette page.

  1. XVIe s.Fondu en bronze à Alger sous Hassan Agha, par un fondeur vénitien, selon le récit que suit cette page.
  2. 7 mLongueur du canon.
  3. 12 tonnesPoids.
  4. 4,8 kmLa portée qui lui est attribuée.
  5. 29 juil. 1683Le consul de France Jean Le Vacher est tué à la bouche du canon pendant le bombardement de Duquesne, avec une vingtaine d'autres prisonniers chrétiens.
  6. La ConsulaireLe nom qui lui est donné ensuite en France, du nom des consuls.
  7. 1830L'amiral Duperré fait expédier le canon à Brest après la conquête française.
  8. BrestIl s'y dresse en colonne verticale sur un socle de granit, patiné de vert, surmonté d'un coq posé sur un globe.
  9. Juil. 2013L'Algérie demande officiellement sa restitution.
  10. Janv. 2021Le rapport de Benjamin Stora au président Macron recommande une commission franco-algérienne sur l'avenir du canon.

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Un regard indépendant sur la médina d'Alger, son architecture, son histoire et ses habitants. Écrit et tenu par Samir Sibachir.

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